Tambouille pour écrivain

Contrainte ou liberté créative?

Alors, je sais pas trop pourquoi, mais ces derniers temps, je me suis posée une question existentielle qui aurait clairement pu être posée au bac de philo.
C’est quoi la liberté créative, et surtout, est-ce que c’est une bonne chose?

La question m’est apparue comme une évidence, après avoir terminé de corriger la version 6 (oui, six rounds de correction, rien que ça…) de mon manuscrit. Et là, je me suis demandée quel projet j’allais faire après, et surtout, de quoi ça allait parler. Et là, le champs des possibles m’a donné le vertige. Il y a tellement de sujets que je voudrais aborder, tellement de thèmes et de personnages, je vais faire COMMENT pour choisir et pour avoir confiance en mon idée?!

Et comme à chaque fois que je me pose une question sur la créativité, j’ai décidé d’en faire un article pour éviter que ça me prenne la tête pendant des mois. Et j’ai eu envie de faire un plan de philo avec thèse/antithèse/snthèse, mais je sais plus comment on fait une synthèse, alors vous aurez que les deux premières parties. Et si ça vous plaît pas, parlez-en à un élève de terminale, voir s’il a envie de le faire à ma place.

La contrainte appelle l'inspiration

Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense !” Charles Baudelaire.

A priori quand on demande, c’est quoi qu’est mieux? La liberté ou la contrainte? On va dire que la contrainte créative, c’est terrible, que c’est la fin de la liberté d’expression et que bientôt, on vivra dans 1984… En vrai, de ce que j’en vois, la contrainte créative c’est plutôt cool.

Dans mon article, l’année dernière 700 mots par jour, je vous racontais que j’avais sommé mon cher et tendre de me donner 7 idées. Pour que j’écrive 700 mots par jour, 7 petites nouvelles par semaine.
J’avais la contrainte du sujet + du nombre de mots (700 minimum) et pendant cette période, je me sentais particulièrement inspirée. Toutes les petites nouvelles que j’ai écrites à cette période, je les adore. Pourquoi?
Parce que j’ai confié à quelqu’un d’autre la responsabilité de me trouver des idées. Elles m’étaient servies sur un plat en argent et je n’avais qu’à jouer les petites mains. En fait, je me suis débarrassée d’une charge créative pour être … plus créative !

On pourrait même dire qu’il existe plusieurs formes de contraintes. Celles qu’on s’impose à soi-même et celles qui découlent d’un courant artistiques auquel on adhère.

Baudelaire adorait la contrainte de la forme du sonnet en poésie.
Beaucoup d’auteurs se sont aussi forcés à écrire des romans sans verbes, ou sans e (j’avais lu quand j’étais petite Moi pas grand, mais moi malin, un roman sans la lettre e ! même si l’exemple le plus célèbre reste Pérec avec La Disparition).

Dans le roman que je viens de finir de corriger, je me suis imposée la contrainte de raconter tout depuis le point de vue d’une maison. Ses sensations physiques, ses peurs, ce qu’elle comprend ou pas. C’était très difficile, mais au final, je trouve que ça rend mon texte encore plus intéressant !

En fait, l’art m’apparaît comme forcément contraingnant. Si j’écris, j’ai pour challenge de mettre une histoire et des gens sur du papier. Je suis auteur de polar, pas de romance. Je privilégie la plume à l’histoire. Ou l’histoire à la plume. Je n’écris que le matin. J’écris à la main. J’écris au clavier.

Il s’agit de limites qu’on se fixe volontairement et qui nous permettent d’aller au plus près de ce qu’on veut réaliser.

Une liberté indispensable

L’art est le fruit de la créativité des gens libres” J.F. Kennedy

Donc a priori, on pourrait croire que les contraintes créatives sont tip top. Qu’elles vous obligent à vous contorsionner pour remplir un cahier des charges bien précis, qu’elles appellent au travail, à la réflexion et demandent débrouillardise et imagination.

Et maintenant, si on parle de liberté créative…
Je pensais à Virginie Despentes (que j’aime) et qui a choqué tout le monde quand elle a sorti Baise-moi. Ce livre parle de viol, de prostitution, de meurtres, de femmes comme on en voit très rarement dans la littérature et c’est écrit avec une plume à vous faire mourir. Et pourquoi c’est génial? Parce que Despentes a écrit ce roman sans contrainte, en usant de toute sa liberté.

Tous les précurseurs des grands mouvements artistiques ont, un jour ou l’autre, envoyé chier les codes qu’ils connaissaient pour faire usage de leur liberté. Parce qu’ils voulaient créer sans contrainte, parce qu’ils voulaient être libre de dire ce qu’ils voulaient dire et de le dire comme ils le voulaient.

Un autre exemple : ma maman est fan de peinture. Elle a des bouquins de peinture partout et regarde toutes les émissions qui parlent des grands peintres sur Arte. Et quand j’étais gamine, elle nous traînait à toutes les expositions du monde où des tableaux étaient exposés. Je me souviens d’un jour où je regardais un énième tableau avec Jésus sur la croix ou un Ange quelconque, et ma maman m’a dit qu’avant, les artistes peintres ne devaient que représenter des scènes bibliques et religieuses. C’était la loi, la contrainte. Et un jour, les codes ont changé avec Caravage, puis les romantiques et les impressionnistes. Ils ont tous dit fuck you, et ils ont commencé à créer libres de toute contrainte.

Une conclusion avec Lena Situations

Les gars, je revis mon TPE, je n’ai rien, c’est la merde.” Lena Situations

J’avoue, j’avoue, récemment, je me suis prise de passion pour la chaîne Youtube de Lena Situations. C’est parce que ce connard de Beigbeder s’est permis de la défoncer dans un article du Figaro et le gars, il est tout content d’avoir fait ça (bah oui, il y a de quoi être fier, mon coco, tu t’en prends à une meuf de 22 ans pour l’humilier publiquement, tu es un grand homme. Il en faut plus des comme toi, enculé.) Et je suis tombée sur une vidéo où elle parle de procrastination parce qu’une agence de communication lui a demandé de faire une vidéo de promo pour la sortie du nouvel album de Dua Lipa (que je connaissais pas non plus, je crois VRAIMENT que je suis VIEILLE)
Et l’agence lui a donné carte blanche.

Mais vous imaginez l’angoisse? Là, vous devez faire intégralement confiance à vos idées, à votre savoir-faire. Si c’est de merde, c’est 100% votre faute.

Et ça provoque anxiété, procrastination, désespoir, et suicide. Et pourtant, Lena a réussi à faire une chouette vidéo, touchante et plutôt marrante. En fait, cet espace infini de liberté qu’on s’accorde et qu’on accorde à ses idées permet de développer une vraie force et une véritable confiance en soi.
Donc en fait, la contrainte c’est bien. Et la liberté aussi.

En conclusion, je n’ai pas de réponse à ma question, mais j’ai réussi à écrire mon article, donc je suis plutôt contente.

(4) Comments

  1. Les deux, bien sûr !

    Certaines des plus belles phrases que j’ai écrites (ouais, quelle modestie), l’ont été grâce à mon atelier Des mots, une histoire (je récoltais des mots, laissés en commentaires par des lectrices, lecteurs, et la plupart participait aussi). Je m’impose des contraintes spécifiques dans la construction de mes romans (parce que j’aime varier).
    Et depuis peu, je n’utilise plus le “ils” si un personnage féminin est présent (ceci sera le sujet d’un prochain article sur mon blog) (et c’est parfois galère pour transformer la phrase).

    Pour moi, la liberté créatrice est, quelque part, maîtrisée. Car on ne peut s’affranchir de tous les codes qu’en les ayant intégrés (ou compris).

    P.S. Spotify, c’est top pour connaître les artistes, ça fait quelques années que j’écoute Dua Lipa grâce à la playlist hebdomadaire Discover. ^_^

    1. Lea Herbreteau says:

      Ouh, j’ai hâte de lire ton article de blog sur le sujet ! C’est une contrainte vraiment intéressante !

      PS : Merci pour la recommandation Spotify ^^

  2. Je suivais tes vidéos, je découvre que tu as un blog… C’est top ! Je vais avoir de la lecture aujourd’hui ! ^^

    Je crois que c’est c’est exactement ce que je suis en train de vivre en ce moment. J’ai déjà écrit des romans à partir de rien et c’était diablement compliqué. J’ai depuis quelques temps l’objectif de publier dans une ME à la ligne éditoriale très précise, avec deux AT différents. Eh bien, j’ai mixé les impératifs de la ligne éditoriale avec les deux contraintes des AT (même si un seul aurait suffit) et j’ai trois projets diablement plus intéressant que ce que je pourrais avoir sans contrainte. Ton article me fait prendre conscience de ça, que c’est comme si les contraintes avaient libéré mon imagination, je me permet des choses que je n’aurais pas osé autrement.

    Bien sur, je ne renie pas mes histoires précédents, mais mon histoire actuelle était sous contrainte aussi, et quand on me demande si je n’ai pas envie d’être plus libre, je suis perdue. Quand je réfléchis à toute les histoires potentielles que je pourrais avoir, j’ai comme le vertige… Après avoir longtemps prônée la liberté absolue, je me sens plus à l’aise avec des contraintes.

    1. Lea Herbreteau says:

      Oh, merci pour ce témoignage super intéressant !
      Ca me donne envie de reprendre mon manuscrit en cours et de voir quelle contrainte je pourrai ajouter. J’en ai déjà quelques unes mais je voudrais pousser un peu plus.
      En effet, quand je m’ajoute quelques difficultés, le challenge devient mille fois plus prenant !!!

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