Non classé

Écrire, c’est dur

Image article blanc

Je vais vous raconter un truc.

Un truc dont j’ai un peu honte, mais qui a pas mal changé ma vie. Donc j’espère changer un peu aussi la vôtre. Rien que ça.

J’ai écrit Les contours de la mélancolie en huit semaines.

Ouais, j’ai recompté, huit semaines.

Alors oui, c’était un premier jet, ça a été écrit sous le coup de la colère, peut-être un peu d’une dépression un peu relou et aussi parce que j’avais une vie de merde à l’époque et sans doute rien d’autre à faire que d’écrire un livre.

Je l’ai écrit très vite, si vite qu’en fait, je me rappelle à peine l’avoir écrit. C’est comme si j’étais prise dans une bourrasque et que je devais juste écrire tout le temps. Et quand j’ai eu terminé, je l’ai mis dans un coin et j’y ai plus pensé pendant quatre mois. J’avais pas mal de problèmes dans ma vie de merde à l’époque et ça m’a pris du temps de les gérer.

Et c’est marrant – en fait non, c’est pas marrant du tout – mais après avoir écrit ce premier jet, il s’est passé un truc dans ma vie. Un truc que j’ai mis du temps à identifier mais qu’on appelle LA PAGE BLANCHE.

Alors, comme tout le monde, je pense que la page blanche n’existe pas, que tout est une question de motivation, d’organisation, de confiance en soi. Mais je pense par contre que les blocages sont réels. Et que ça peut prendre beaucoup de temps pour s’en sortir.

La page blanche et la pression

Après Les Contours de la mélancolie, je me souviens avoir essayé d’écrire un autre manuscrit. Je sais même plus de quoi il parlait. J’ai fait trois pages et je l’ai balancé je ne sais où. J’ai essayé de corriger un vieux premier jet d’un vieux roman écrit quelques mois plus tôt. J’ai abandonné en moins d’une semaine. Et j’ai ensuite fait le plan d’un roman qui me branchait de ouf dont j’ai écrit deux chapitres avant de lâcher l’affaire. Puis, j’ai arrêté d’écrire. Et à chaque fois que je me mettais devant ma feuille pour écrire, je me disais : Léa, toutes tes idées sont nulles.

C’était une obsession dans ma tête. Ça tournait en rond comme une putain de ritournelle. Si j’avais une soudaine montée d’inspiration, ma tête me disait : non mais c’est nul. Laisse tomber.

Et après, LCDLM a été publié et il a bien fallu que je me force à écrire encore. Pour rester dans le game. Alors déjà, merci la pression. 

Mais c’était pareil. Tout ce que j’écris, me semblait off, à côté de mes pompes. J’écrivais et j’aimais ça, mais je ne sentais pas le lâcher prise que j’avais toujours eu en écrivant mes premiers jets. Ce lâcher-prise qui me disait avec joie et allégresse : écris mal, on s’en fout, l’important c’est d’écrire, tu corrigeras plus tard!

Je me disais : faut que j’écrive parfaitement. Faut que je fasse un premier jet aussi clean que possible.

Bref, je me rendais un peu folle. Et pendant ce temps, autour de moi, des autrices et des auteurs que j’aimais publiaient leur prochain roman. D’autres en sortaient quasiment plusieurs par an. Tranquille les gars, ils publient quatre roman par an et toi pendant ce temps, tu as écrit une phrase sur un post-it et dessiné une bite. Super. Bravo

Suis-je vraiment nulle ?

Et je me disais : mais pourquoi j’y arrive pas? Je suis vraiment nulle. J’y arrive pas parce que je suis nulle. Il n’y a pas d’autres explications. Je suis pas faite pour ce métier. Les autres, ceux qui y arrivent, c’est dans leurs veines. Et moi, je suis un vieux prout oublié sur une commode.

Pour eux pour les autres, c’était si facile.

Et quand j’avais écrit LCDLM, je l’avais écrit en huit semaines. Avec un premier jet plutôt correct. C’était si facile.

Écrire, c’était si facile. Alors pourquoi est-ce que j’étais incapable de réaliser une tâche aussi simple que celle d’écrire un bon roman?

Du coup, j’ai tout abandonné. J’ai dit rien à foutre, j’arrête, j’y arrive pas. J’ai même écrit un article sur mon blog qui parle de l’horreur absolue d’écrire un deuxième roman.

En fait, c'est dur... et c'est normal !

Et puis, la révélation est arrivée.

Vous allez dire non mais Léa, sérieux, tu peux sortir la tête de ton cul, stp?

Mais je me suis rappelée qu’en fait, écrire un roman, c’est dur. 
C’est vraiment putain de dur. Sinon, tout le monde le ferait. 

Tout le monde aurait le prix Goncourt, on vivrait tous de notre plume et personne n’aurait de manuscrit inachevé dans son tiroir. En fait, écrire un roman c’est dur. Et si on l’accepte pas, si comme moi, on croit que tout devrait venir facilement, alors on peut pas se préparer comme il faut aux 150 000 murs qu’on va se prendre dans la gueule en voulant écrire, corriger et publier ou faire publier son roman.

Je me suis contentée de regarder les choses sous un nouvel angle. Et j’ai réalisé que c’était dur aussi pour les autrices et les auteurs que j’admire. Qu’eux aussi ont fait des nuits blanches à se dire que tout leur boulot était pourri, ils ont galéré devant une inconsistance narrative pendant des heures, ils ont écrit des chapitres entiers qu’ils ont foutu à la poubelle. Mais ça, tu l’oublies vite quand tu passes ta vie sur instagram à te comparer aux autres.

Du coup, j’ai fini par me dire et je vous le dis aussi parce que je sais à quel point c’est tentant de se laisser aller à penser de la merde sur soi : écrire c’est dur. Ecrire, c’est long et c’est compliqué. Et c’est normal d’y passer du temps et de s’arracher les cheveux sur un manuscrit. C’est absolument pas le signe que tu fais quelque chose de mal. C’est au contraire le signe que c’est important, qu’on veut y consacrer de l’énergie et du temps, et qu’on veut faire les choses bien.

Et le mieux, c’est que je trouve ça plus facile d’écrire en me disant que c’est dur. Parce que soudain, tout devient logique. C’est pas parce que je fais quelque chose de mal, que ça marche pas, ou que je suis bête, c’est que c’est dur. Et faut avaler la pilule et aller de l’avant.

 

Et pour vous, écrire c’est dur ? Vous l’appréhendez comment ??

(2) Comments

  1. J’avais besoin de lire ça je crois.

    1. Lea Herbreteau says:

      <3

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *