Tambouille pour écrivain

Pourquoi je ne veux pas vivre de ma plume

Vivre ou ne pas vivre de sa plume, voici une question qui m’a sérieusement pris la tête pendant quelques années.

Et puis en 2018, j’ai réalisé que si je voulais être écrivain, il fallait aussi que je sois réaliste : pour l’instant, je n’allais pas vivre de ma plume et je n’étais même pas sûre que ce soit une si bonne idée que ça, que d’aspirer à vivre de sa plume.

Je vous explique pourquoi.

Money money

J’ai le souvenir d’une vidéo de Samantha Bailly, qui elle, vit de sa plume, où elle disait : pour gagner de l’argent en écrivant, il faut soit écrire beaucoup, soit vendre beaucoup.

Quand j’ai signé mon contrat d’édition, j’ai touché un a-valoir. Un chouette a-valoir, certes, mais si je n’avais compté que sur ça pour vivre, je n’aurais pas tenu plus de… deux mois avant de mourir de faim et me faire dégager de maison que je ne pourrai plus payer. A ce rythme là,  pour vivre décemment, il aurait fallu que je publie un livre tous les deux mois. Et je sais que certains auteurs y arrivent mais c’est pas du tout mon cas…

De son côté, Manon Fargetton, une autrice jeunesse avait un jour publié sur Instagram pour parler d’argent. Dix ans de carrière, une dizaine de livres publiés et elle arrivait à se dégager un petit SMIC pour vivre. Un petit SMIC.

En 2018, je me suis retrouvée au chômage. Sachant que le poste que j’occupais avant était un mi-temps, j’ai fini avec des indemnités minuscules. Je devais vivre avec moins de 750€ par mois. Cette période qui a duré quatre mois a été une des plus difficiles et humiliantes de ma vie : j’étais sous le seuil de pauvreté, et je devais payer un loyer, des factures, faire mon contrôle technique et c’est aussi pendant cette période que j’ai reçu ma taxe d’habitation.

J’ai détesté ça. Avoir de l’argent, pour moi, c’est important. Pas forcément avoir beaucoup d’argent, mais avoir une entrée régulière, stable et qui garantit mon indépendance et ma sécurité financière, pour moi, c’est essentiel. Je ne veux plus jamais me retrouver dans une situation où mes proches proposent de payer pour moi ou de m’avancer de l’argent parce que je suis un peu sur la paille.

Le salariat m’offre aussi autre chose : une mutuelle. En vrai, c’est important une mutuelle.

Les à côtés, c’est pas mon truc

Je vois beaucoup d’auteurs qui vivent de leur plume. Et je les envie de ouf. Mais je vois aussi que la vente de leur livre ne constitue pas leur seul revenu.
Souvent, ils proposent aussi des services éditoriaux, ont une activité de réadcteurice web, ou animent des ateliers d’écriture. Et c’est intelligent, indispensable de faire ça. Il faut tout simplement gagner sa vie et mettre à profit ces compétences si durement acquises.
Mais moi… C’est pas mon truc.
Si un jour je vis de ma plume (peut-être que je suis trop exigeante) je ne voudrais pas avoir une activité à côté. Je voudrais ne faire que ça. M’y consacrer pleinement, que ça soit ça et juste ça, mon métier. Ouais, j’ai la grosse tête, je me prends clairement pour Stephen King.

Alors que je pense que j’aurais tout à gagner à proposer des services éditoriaux. J’aime beaucoup faire ça et je pense avoir des opinions pertinentes à apporter. Mais non, c’est pas ce que je veux.

Et vous savez pourquoi? Parce que c’est le genre de travail où il faut chercher des clients, assurer sa propre promotion, dresser et envoyer des devis. Réclamer de l’argent. Bref, il faut être son propre patron et croire assez en soi pour dire aux gens : mes services valent X€HT parce que j’ai des supers compétences et que je suis trop forte. Maintenant, envoie la thune.

Ça me paraît insurmontable.

Je me sens déjà à peine assez légitime pour tenir un blog, je ne sais pas comment je ferai pour devenir mon propre patron ! C’est tout un état d’esprit qu’il faut changer, et c’est aussi une formation en marketing/compta/gestion que je vais devoir faire !

L’écriture peut ne pas être toute notre vie

Je pense qu’une erreur que j’ai faite, c’est de croire que je devais consacrer ma vie à l’écriture. Que je devais tout donner à l’écriture. Certaines personnes l’ont fait. Et pendant longtemps, je pensais que c’était aussi ce que à quoi j’aspirais. Être 100% auteure, vivre écriture, respirer écriture, n’avoir que ça en tête.

Et puis, grand bien me fasse, j’ai un peu changé d’avis.

Il y a mille autres choses qui m’intéressent. J’adore faire du sport, j’adore faire de la peinture, traîner devant Netflix avec mon mec. Je m’intéresse au féminisme, à l’écologie. J’adore faire la cuisine et faire de la rando.

L’écriture n’est pas toute ma vie.

A tel point qu’il m’arrive sérieusement de me demander: serais-je réellement heureuse si je passais ma vie à faire ça? Arriverais-je à m’organiser? Comment est-ce que je supporterais la solitude, est-ce que j’arriverais à gérer mon manque de confiance en moi?

Alors pour l’instant, je ne veux pas tout donner à l’écriture. Et je trouve ça plutôt sain, plutôt cool. Ça me permet d’approcher les choses avec plus de légèreté et d’écrire sans me prendre la tête.

L’écriture, je lui donne du temps, du sérieux, de l’amour. Mais elle n’est pas le seul amour de ma vie.

Demander à l’écriture nous financer

Une dernière chose qui me paraît très importante, c’est de ne pas être dépendante de mon écriture pour vivre.
J’ai peur que si je demande à mon écriture de payer mes factures, cela me mette une pression si forte que je sois incapable d’écrire. Que je m’en veuille, que j’en veuille à mes personnages. Et qu’à terme, toute cette pression annihile complètement mon envie d’écrire.

Pour l’instant, je travaille pour écrire. Je me lève tous les matins pour aller dans un bureau et gagner de l’argent qui me permet d’écrire sans avoir à m’inquiéter de comment je vais payer mon loyer ou ma facture d’électricité.

Et puis, c’est bien aussi de demander à son travail d’entretenir notre écriture. D’être reconnaissant. C’est encore mieux quand on aime son travail, quand on est content de le faire et qu’il nous laisse le temps d’écrire. Moi, j’ai un travail duquel je pars assez tôt (17h) et j’ai de longues soirées devant moi pour écrire.

Donc bon. C’est pas si mal.

Mais en vrai…

Mais j’espère changer d’avis. En vrai.

J’espère un jour pouvoir vous dire que j’ai décidé de vivre de ma plume et que j’allais tout faire pour y arriver. Que je suis déterminée, confiante et sûre de moi. Mais je n’en suis pas là pour l’instant.

Je ne suis toujours pas sûre d’être à la hauteur, artistiquement parlant. D’avoir assez d’épargne de côté au besoin. Je ne suis pas assez aventureuse dans ce monde du livre incertain.

Mais un jour. Un jour.

(2) Comments

  1. J’adore ton post. Je le trouve très sain, et que tu as tout à fait raison.
    L’argent c’est important (et j’ai testé, vivre sans facture en forêt vierge, c’est bof au bout d’un moment, surtout en saison des pluies XD En plus, y a pas d’électricité pour brancher son ordi et écrire autrement qu’à la main. Très bof bof donc).
    Donc avoir un boulot qui laisse la place pour écrire, aller se balader l’esprit tranquille, c’est aussi important.
    Puis, faut pas oublier que tu as fait un pas énorme, qu’on est nombreux à rêver franchir, en étant déjà publiée. Tu as un début de carrière. Faut te laisser le temps de découvrir de quoi sera faite la suite.

    1. Lea Herbreteau says:

      Oui, vivre sans argent, ça fonctionne pas longtemps, on est d’accord.
      Et oui, certes, je suis publiée, même encore aujourd’hui j’en reviens toujours pas. Je m’estime chanceuse, et ça me met aussi beaucoup la pression pour la suite ! 🙂

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