Tambouille pour écrivain

Mes plus grosses erreurs de parcours

Comme l’apocalypse est de retour pour les semaines à venir, je me suis dit que j’allais faire un petit article tranquilou bilou avec toutes les plus grosses erreurs de mon parcours d’auteure (histoire que vous évitiez de faire les mêmes que moi !)
Je tiens ce blog depuis 2018, mais il faut quand même savoir que j’écris depuis ma prime jeunesse. Avec des périodes creuses, et des périodes très intenses. Mon parcours d’auteure ne se limite pas aux Contours de la Mélancolie et j’ai fait beaucoup d’erreurs que j’ai hâte de vous raconter.

Commencer tard

Je suis parfois agacée après moi-même parce que je me dis : Léa tu veux être écrivain depuis que tu as six ans. C’est ta passion absolue. Alors pourquoi, par tous les Saints, POURQUOI est-ce que tu n’as commencé à écrire pour de vrai qu’à tes 27 ans?! Tu attendais quoi, bordel?!

Je regrette vraiment de ne pas avoir eu plus de courage quand j’étais jeune. A mes seize, ou à mes vingt-trois. De ne pas m’être dit que je devrais m’y consacrer davantage, écrire plus souvent, lire sur l’écriture. J’avais une vie entière et je l’ai passée à ne pas assez écrire. Ça me fait beaucoup de peine. Si c’était à refaire, je le sais pertinemment, je m’y prendrais beaucoup plus tôt.

Ne pas considérer l'histoire dans son ensemble

Les premières fois que j’ai voulu écrire, il s’agissait de scènes qui me sont venues en tête. Des morcellements d’idées, rien de concret. Mais c’était très fort, et ça me donnait très envie d’écrire.
Sauf que. Bon. Voilà. Je considérais pas une histoire dans son ensemble. L’idée de départ, c’est rien de plus qu’une idée de départ. Après, il y a tout le chemin et une ligne d’arrivée. Et c’est quand même pas si mal d’essayer de prendre de la perspective, de créer une histoire de A à Z et non pas simplement d’avoir deux scènes. Donc j’écrivais dix à vingt pages et je me retrouvais complètement bloquée à me demander comment passer à la suite…

Ne rien connaître à la construction d'une intrigue

…Et on vient à ce point-là ! Comment fait-on pour avoir une vision d’ensemble? On apprend à construire une intrigue.
Et pour ça, on fait comment? On bouffe des livres, merci bien. On bouffe des films et des séries. On apprend, on dissèque, on tire les grosses et les petites ficelles pour comprendre pourquoi une histoire est une histoire et pourquoi une histoire est bien.
Et je vous assure que le jour où j’ai compris comment une histoire se fabriquait, ma petite vie d’auteur à changé !

Manquer de patience

Je suis une grande impatiente. Et quand j’ai commencé, enfin, à me prendre au sérieux, je voyais tous les conseils d’écriture et le tout premier était toujours : faîtes preuve de patience. Ecrire un livre, c’est long, corriger un livre, c’est encore plus long. Il faut aussi prendre le temps d’apprendre à écrire, apprendre à se faire connaître.

Et je me disais : non, je veux publier cinquante livres, là, maintenant. Je veux être une auteure reconnue et passer sur France Inter demain. C’est tout. Merci.

Alors qu’en vrai, il faut être patient. Il faut rater 10 premiers jets et recommencer, avoir des retours désastreux de bêta lecteurs. Ça prend un, deux, cinq ou dix ans. Mais c’est le temps qu’il faut. Il faut se forcer à prendre son temps.

Et je trouve qu’au final, même si c’est long, ce n’est pas la destination qui compte, mais le voyage (pardon pour cette phrase nulle.) Je trouve que d’apprendre à écrire, d’écrire et réécrire ses histoires, c’est passionnant. L’accomplissement n’est pas dans la publication, mais plutôt dans tout ce travail qu’on accomplit tous les jours en faisant preuve de patience et de détermination.

Refuser de laisser les autres relire

Je me souviens quand j’étais jeune, j’adorais faire lire mes écrits à mes copines et tout le monde avait la même réaction : woa c’est trop bien!

Et évidemment, avec l’âge, les exigences changent et je ne voulais plus jamais que personne ne me lise. Je n’étais pas prête à entendre quoi que ce soit d’autre que “Woa, c’est trop bien!

Alors que si j’avais pris le temps de trouver des personnes bienveillantes et intéressées, j’aurais peut-être eu des retours intéressants et me serais améliorée plus vite.

Me mettre une pression folle pour écrire parfaitement du premier coup

Je l’ai déjà dit pleins de fois, mais quand j’étais jeune, ça me paraissait impensable de corriger un manuscrit. Il fallait que la V1 soit la bonne, gravée dans le marbre.

C’est rapidement devenu si handicapant que je me refusais d’écrire en me disant que de toute façon, ça ne serait pas bon.

Et j’avais raison : ça n’aurait pas été bon, ça aurait été nul ! Mais ça aurait été, j’aurais pu écrire, développer ma plume, faire n’importe quoi et recommencer jusqu’à ce que ce soit bien. Et puis non, je l’ai pas fait. Je suis restée dans mon coin, à serrer les dents et à me dire que de toute façon, je suis nulle, donc à quoi bon?

Je vous le dis : c’est pas un super état d’esprit !

Ne même pas essayer un tout petit peu de m'organiser

J’ai toujours tout fait à l’arrache. Même quand j’étais au collège ou lycée, mon agenda ne me servait à rien puisque j’oubliais tout.

Alors avec un cerveau dans un tel bordel, avec une Léa incapable de s’organiser, je n’arrivais pas à caser des moments immuables consacrés à l’écriture. Et un jour, une copine m’a offert un bullet journal et je dois l’admettre, ça a un peu changé ma vie.

Depuis que je me force à faire des listes, à visualiser mes mois et mes semaines dans mon bullet journal, ma vie n’est plus du tout la même. J’écris plus. Pas forcément mieux, mais plus et plus souvent. Et proportionnellement, je suis plus heureuse.

Ne rien connaître en construction de personnages

Je me souviens un jour m’être retrouvée face à un gros blocage. C’était il y a quelques années, bien avant ce blog, bien avant ma première publication. Il y avait ce personnage qui s’appelait Florence et j’avais du mal à la cerner. Et je ne savais pas du tout comment faire pour mieux la travailler. Alors je m’étais mise à jeter au hasard sur le papier des mots qui la définissaient.

Euh… Oui, non, c’est pas comme ça que ça marche.

Oui, on peut utiliser des adjectifs pour décrire ses personnages. Mais ce qui compte, qui fait toute l’épaisseur d’un personnage, ce sont ses motivations profondes, ses objectifs, ses blessures intérieures. En fait on ne travaille pas simplement un personnage, on le travaille surtout à un moment T, celui de l’histoire.

Et ce n’est que lorsque je me suis intéressée à la théorie de construction des personnages que ça allait mieux. J’ai découvert que ça pouvait être instinctif avec ses personnages qu’on reconnaît et qu’on comprend immédiatement. Et pour d’autres c’est plus compliqué, et il faut peaufiner, lisser jusqu’à ce qu’on trouve le meilleur moyen de les exploiter.

Laisser passer de trop longues périodes sans écrire

Ne faites pas ça.

S’il vous plaît. Ne le faîtes pas.

Je comprends bien que des fois, on veut se prendre des vacances et arrêter d’écrire. Faire un peu ses trucs de son côté, autre chose que d’avoir la tête coincée dans l’écran de son PC. Ou des fois, la vie vous fiche un coup de boule et vous ne pouvez plus vous consacrer à votre écriture comme avant.

Mais ne faites pas comme moi. Ne restez pas six mois ou un an sans écrire. Vous serez triste. Vous serez démuni. Vous aurez l’impression d’avoir perdu votre temps, et surtout ça sera tellement, mais alors tellement dur de s’y remettre !

Et toi, c’est quoi tes pires erreurs de parcours?

(12) Comments

  1. Je me retrouve dans la quasi intégralité de tes erreurs. Mon rêve de gamine d’être écrivain, je ne tente de le réaliser que depuis l’année dernière. Je me décourage parce que mon premier jet n’est pas bon. Je trouve que je n’avance pas assez vite. Je n’arrive pas à me créer une routine d’écriture qui m’aiderait à écrire régulièrement. Je laisse passer des semaines sans écrire et ça rend la reprise encore plus dure.
    J’ai tenté le bullet journal pour instaurer un rythme, mais je n’arrive pas à accrocher à ce format. Je vais l’utiliser une semaine, puis ça va me gonfler de le remplir et je vais le laisser de côté. Comment est-ce que tu l’utilises toi ?
    En tout cas, c’est une très bonne chose de se reconnaitre toutes ces erreurs et de voir comme on a avancé depuis ! Je souhaite que le confinement t’apporte beaucoup de créativité et de motivation 🙂

    1. Lea Herbreteau says:

      Pour le bullet journal, je vais au plus simple. Chaque début de mois, je me fais une to do list. Et pareil chaque début de semaine. Et je note une to do list par jour. Et j’ai aussi une page consacrée à des objectifs sur trois mois pour visualiser un peu mieux ce que j’ai à faire. Mais c’est mon organisation, elle me convient et j’ai mis pas mal de temps avant de trouver ce qu’il me fallait !
      Je ferai éventuellement peut-être un jour un article sur comment j’utilise mon bullet journal pour écrire… A voir 😉

  2. J’avoue ne pas avoir assez de recul pour savoir quelques sont mes plus grosses erreurs de parcours. Ou bien je me dis que ce sont grâce à ces erreurs que j’apprends et qu’il me fallait les faire.
    Justement, je ne m’y connais pas vraiment en construction d’intrigues et de personnages. Ça ne m’a pas bloqué pour mon premier manuscrit (enfin je crois…), mais je m’attèle à faire des recherches sur le sujet pour mon deuxième. C’est même le sujet de mon NaNoWriMo cette année (à antithèse de l’écriture au kilomètre XD).
    J’y vais une brique à la fois, en essayant de ne pas me taper la tête contre le mur… Ce qui arrive un peu trop souvent, mais c’est mon caractère pessimiste, donc je m’entoure de gens plus optimistes pour équilibrer la balance^^

    1. Lea Herbreteau says:

      Certains auteurs ont peut-être moins besoin d’étudier la théorie… Pour certains, la création d’une intrigue ou de personnage est un peu instinctive (ce n’était pas mon cas!) C’est peut-être pour ça que ça ne t’a pas bloquée pour ton premier manuscrit 🙂

  3. C’est très touchant comme article.
    Je me reconnais dans pas mal de choses. Je ne sais pas si j’ai comme toi l’impression d’avoir perdu mon temps, parce que j’ai quand même écrit plein d’histoires depuis mes 15 ans, mais… J’ai passé plus de dix ans à écrire sans me préoccuper une seule seconde d’écrire de bonnes histoires. C’est quand même fou quand on y pense. Je ne me rendais même pas compte que quelque chose n’allait pas, que je ne créais pas vraiment d’intrigue, que mes personnages étaient survolés. J’ai encore beaucoup d’affection pour toutes ces vieilles fanfictions et j’ai pris beaucoup de plaisir à les écrire, mais en fait ça me fait halluciner de me dire que j’ai écrit autant d’histoires sans même imaginer qu’il existait des techniques d’écriture, qu’il y avait une différence entre les bonnes histoires et les moins bonnes, une structure, du travail, de la réflexion. Je n’ai jamais cherché à m’améliorer parce que je ne pensais pas que c’était possible, je croyais qu’on écrivait comme on écrivait, que chacun recevait une certaine quantité de talent et d’envie à la naissance, point.
    C’est fou quand même.

    1. Lea Herbreteau says:

      Je me retrouve à 100% dans ce que tu dis. Moi aussi je pensais qu’on naissait avec 12 ou 70kg de talent par personne et que c’était immuable. J’ai mis beaucoup de temps à comprendre que c’était pas vrai et qu’il était possible de s’améliorer.
      Mais si toi ça ne t’a pas empêchée d’écrire, c’est déjà énorme. Tu as réussi à écrire des histoires et des fanfictions alors que moi, je me terrais chez moi en me disant que j’étais pas née avec assez de talent, donc il valait mieux que j’abandonne ! Donc j’étais complètement paralysée.

  4. Je fais exactement les mêmes erreurs, là maintenant, à 35 ans passés 😀

  5. Au moins, tu as pu cerner tes erreurs, et tu sais (plus ou moins) comment ne plus les refaire.

    J’ai écrit mes premiers petits textes à huit ans.
    Mon premier recueil de nouvelles à douze ans.
    Mon premier roman à quatorze.
    Et comme tout le monde, adultes compris, me disait à quel point c’était bien, pour mon âge, eh bien, je pense que je me suis longtemps reposée sur mes acquis. Probablement un mélange de paresse et de naïveté (à l’époque, pas d’internet, pas de forums d’écriture, j’étais seule dans mon coin et l’idée de disséquer la construction de mes romans ne m’était même pas venue à l’esprit : j’écrivais, point).

    Avoir signé mon premier contrat d’édition avec une ME peu scrupuleuse était aussi, bien évidemment, une erreur. Heureusement, je travaillais pour un cabinet d’avocats à l’époque, et j’ai pu récupérer mes droits sans trop de souci.
    Pourquoi cette erreur ? Car, comme toi, je suis impatiente, et j’avais tellement envie d’être publiée que je n’ai pas attendu, pas assez réfléchi (et j’étais mal informée). Maintenant, bien des années plus tard, j’ai appris la patience (grâce à ce métier, et au fait d’être maman).

    J’ai aussi laissé passé de longues années sans écrire grand-chose (l’université, mariage, boulot, enfants, plein de bonnes excuses quoi), et je le regrette. J’ai écrit trois romans à l’adolescence, mais seulement deux à la vingtaine. Je me suis rattrapée la décennie suivante : huit romans écrits à la trentaine. Depuis mes quarante ans, j’ai corrigé l’avant-dernier et je bosse sur le prochain, mais ça fait un moment que je ne l’ai plus ouvert car j’en remanie plusieurs autres.

    Et puis, ma plus grosse erreur, je crois, c’est de manquer de confiance en moi.

    1. Lea Herbreteau says:

      Merci pour ce texte dans lequel je me retrouve vraiment. Pareil à l’adolescence, tout le monde me dit que je suis trop forte, alors je ne cherche pas à m’améliorer. Par contre, quand je me confronte à la qualité d’écriture d’autres auteurs, ça me fait mal et je me décourage. Et j’arrête d’écrire.

      J’ai quasiment rien écrit pendant toute ma vingtaine. Maintenant que j’ai 31 ans, je vais peut-être, comme toi, écrire huit romans jusqu’à mes 40 ans (je me le souhaite en tout cas!!)

      <3

      1. Je te le souhaite aussi.
        La trentaine est une très belle décennie (et je l’ai pourtant commencée avec une sévère dépression). 😀

  6. Intéressant de voir qu’on n’a pas du tout fait les mêmes erreurs : j’ai depuis toute petite considéré l’histoire dans sa globalité, très vite décortiqué les intrigues des films et lu des ouvrages théoriques sur l’intrigue ou les personnages et je suis plutôt pas mal organisée pour mes histoires.
    En revanche, j’ai moi aussi l’impression d’avoir perdu du temps car j’ai beau avoir écrit dès mes 9 ans, j’ai passé beaucoup de temps à ne pas écrire, comme tu en parles si bien. Comme toi, j’ai du apprendre à faire le deuil du premier jet parfait, et encore actuellement, j’ai beaucoup de mal à faire lire.
    En revanche, mes erreurs de parcours auront été de croire qu’il faut attendre “l’inspiration” pour écrire (du coup, j’écrivais pas beaucoup) plutôt que de considérer ça comme un vrai travail, et d’abandonner mes histoires dès qu’une idée plus séduisante pointait le bout de son nez. Il m’a fallu longtemps pour me mettre à terminer mon premier roman.

    1. Lea Herbreteau says:

      Je connais bien cette tentation des “idées les plus séduisantes”…
      J’ai toujours trouvé que c’était de s’engager dans le long terme avec une histoire et des personnages qui pouvait être difficile, mais si gratifiant au final. Une fois qu’on a compris ça, c’est plus simple de tenir sur la longueur quand on travaille sur un roman.
      Et puis moi je suis dans la team “travailler sur plusieurs projets en même temps” J’aime bien me diversifier et j’ai souvent le nez un peu partout dans mes chantiers en cours. Ça permet de ne pas se lasser !

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